Faux contacts dans les trois piliers
Impressum: Herbert Brändli et Franz Zwyssig, B+B Prévoyance SA, Thalwil, in Le Temps: Forum Vendredi, 06 février 2012, page 12.
Des structures surannées, les crises financières et économiques pèsent sur les systèmes étatiques de sécurité sociale.
Des structures surannées, les crises financières et économiques pèsent sur les systèmes étatiques de sécurité sociale, jusqu'à les ruiner. Bien que la Suisse n'ait pas été épargnée non plus, cette construction géniale qu'est son système des trois piliers a, dans l'ensemble, résisté à ces déconvenues. Encore faut-il veiller à une interaction équilibrée entre ce qui relève du public, de l'économique et du privé.
L'escalade mondiale de l'endettement met au jour les liens étroits qui unissent la politique au secteur financier. Dans le souci de maintenir le service de la dette publique au plus bas niveau possible, les caisses de pension organisées en structures privées sont incitées par des réglementations, des normes comptables et sous couvert de garanties, à détenir de plus en plus d'emprunts d'Etat, ces titres à haut risque et peu rémunérateurs censés les prémunir contre les fluctuations de leurs bilans. Ainsi, toute perspective de rendement à long terme reste un vœu pieux et rend d'autant plus prévisible la stérilité totale des placements des institutions de prévoyance.
Cette évolution négative des rendements constitue actuellement le danger majeur pour la stabilité de notre système des trois piliers tant vanté. Il n'est plus possible de la neutraliser par un relèvement des cotisations du 2e pilier, lesquelles font cruellement défaut dans le 1 er pilier où un nombre sans cesse réduit d'assurés actifs doivent financer des rentes dont la durée s'allonge inexorablement. La volonté contributive de ces actifs en faveur de leurs aînés se heurte à des limites démographiques et, sans un assainissement en profondeur, l'AVS/AI sera bientôt déficitaire. Un scénario optimiste table sur des pertes de 4,5 milliards de francs à partir de 2025. A 38,4% du PIB, l'endettement public de la Suisse demeure à un niveau relativement bas. Par contre, celui de ses citoyens atteint 700 milliards, soit 140% du PIB, ce qui en fait l'un des plus graves sur le plan international.
Vu l'allongement croissant de l'espérance de vie, il apparaît inévitable d'élargir le financement de l'AVS tout en en réduisant les prestations. Le relèvement urgent de l'âge de la retraite soulagerait évidemment les caisses de retraite. En percevant plus de cotisations pour moins de rentes, elles pourraient combler les découverts structurels que leur impose la confiscation de fait de leur épargne par le biais des emprunts d'Etat. Le Conseil fédéral a annoncé de nouvelles réglementations pour les prestations et les engagements, consistant en des redistributions directes du deuxième pilier vers le premier. Qui plus est, les représentants de la branche et les milieux politiques appellent les entreprises à cotiser davantage. Selon eux, les assurés doivent investir encore plus dans le puits sans fond qu'est devenue la prévoyance professionnelle, dévalorisée par des prescriptions de placement obstinées et des taux d'intérêt maintenus à un niveau artificiellement bas. Sur fond d'inflation galopante, cette énorme saignée va finir par renverser le 2e pilier.
Les crises financières ont mis à nu ce talon d'Achille qu'est la prévoyance professionnelle. Pour lui faire retrouver sa solidité, un rapport commandé par le Conseil fédéral sur l'avenir du 2e pilier recommande des simplifications et des déréglementations à grande échelle, une chance exceptionnelle pour les caisses de retraite, selon lui, d'améliorer leur valeur ajoutée: au premier plan de ces mesures figurent des économies de charges et un redressement des revenus permis par la simplification des processus de placement.
Le deuxième pilier repose sur le système de la capitalisation. La création de valeur y équivaut aux rendements nets (soit les produits moins les charges) que dégagent les placements. Ces bonifications d'intérêts sont plus ou moins substantielles suivant la productivité de chacune des caisses, d'où une croissance ou une diminution des rentes. L'effet de levier que constitue le relèvement durable d'un pour cent des bonifications d'intérêts accroît les rentes d'un quart. Ne serait-ce qu'un demi-point d'augmentation permet de garantir la durée de versement des rentes, qui croît sans cesse.
Les caisses de pension disposent d'un large éventail de placements. Elles devraient s'abstenir d'une optimisation de leurs gains et de spéculations à court terme pour privilégier les perspectives de rendement durable qu'offre l'économie. Les chefs d'entreprises savent gérer les crises et continueront à prospérer en dépit des déconfitures boursières. Au fil des hauts et des bas qu'a connus la conjoncture depuis 1900, les actions et les obligations ont enregistré des rendements respectifs de 8,5 et 4,9%, l'immobilier se situant à peu près à mi-chemin. Seule la détention d'immeubles et d'actions a généré suffisamment de revenus pour permettre aux caisses de retraite de couvrir leurs coûts, compenser l'inflation et, «accessoirement», créer de la valeur ajoutée pour leurs assurés.
Effectivement, les investisseurs ont, du fait des ponctions croissantes opérées par le secteur financier, gagné beaucoup moins que ce que génèrent les entreprises. Les pertes d'usure inhérentes aux processus de placement actuels atteignent jusqu'à 20% des revenus envisageables. La réorganisation- au sens du régulateur, des banques et des compagnies d'assurance - des rapports de propriété au sein de la communauté des investisseurs, d'une part, ainsi que les produits et les accords de profits qui assurent leurs revenus aux managers et abandonnent les dettes aux investisseurs, d'autre part, font gonfler les honoraires de consultance, les commissions et les taxes sur les transactions que prélèvent les courtiers et les négociants. La circulation des parts détenues dans les structures d'investissement telles que les fonds et fondations de placement, les indices, les ETF, les hedge funds et les titrisations fait exploser les coûts et les risques des caisses de pension.
Nous recommandons de procéder à des investissements directs et de dénouer les positions dans des véhicules de placement obscurs, pour faire faire des économies aux caisses de retraite et, ainsi, garantir un profit immédiat aux assurés. Une gestion indépendante et active permet de concentrer l'attention sur les vrais générateurs de rendement, dont font partie les entreprises bien tenues.
D'une façon générale, investir dans des actions est largement plus gratifiant que de miser sur toute autre forme de placement. Les rendements des actions suivent la tendance à long terme de l'économie et ces titres n'ont jamais été proposés à des cours aussi intéressants que depuis les récentes corrections des marchés. Même les indécis misant plutôt sur le court terme auront tout bénéfice à étudier l'éventualité de brefs allers-retours. Ils auront par ailleurs tout intérêt à renoncer à des titres aussi risqués qu'improductifs et à préserver leurs portefeuilles de l'inflation et des fluctuations à court terme en y intégrant des immeubles.
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